retour Accueil La vie d'Henry de Monfreid

Villa Amélie © photo Lucien V. (2001)

Maison natale d'Henry de Monfreid : la Villa Amélie à La Franqui (Aude)
© Lucien V.(voir plaque commémorative)

Henri Léon Romain de Monfreid est né le 14 novembre 1879 à La Franqui (Aude), dans une propriété du cap Leucate sur les bords de la Méditerranée, appartenant à la famille de sa mère “ Amélie ” Bertrand. Il est le fils de George (George-Daniel ou Geo) de Monfreid, un peintre ami de Paul Gauguin, qui côtoie des artistes talentueux comme Aristide Maillol, Degas, Matisse. Henri passera son enfance à La Franqui avant de rejoindre ses parents à Paris.

Il fera ses études primaires à l'école Alsacienne (Paris 14ème) et ses études secondaires à Carcassonne, où habite sa mère qui s'est éloignée de son mari. Il est très affecté par le divorce de ses parents et prend de la distance avec son père. Après le BAC, il entre au Lycée Saint-Louis, à Paris, pour préparer les grandes écoles. Il échoue de peu au concours d'entrée à Centrale, ayant renoncé à Polytechnique.

A ce moment, le sort s'acharne sur lui : il est exclu de l'internat du lycée Saint-Louis, où il redouble pour repasser le concours. Il se met en ménage avec Lucie Dauvergne, qui aura bientôt un enfant, Lucien. Il est appelé au service militaire et use de stratagèmes pour se faire finalement réformer. Pendant cette période, Henri et Lucie placent Lucien à l'Assistance Publique, jusqu'à ce qu'ils trouvent un travail à peu près stable.

Henri trouve un premier emploi de vendeur de café à domicile, au porte à porte, pour le compte de la société du “ Planteur du Caïffa ”. L'expérience est difficile mais il s'en sort bien et est chargé d'organiser ce commerce sur la région de Toulouse, puis dans l'Est.

Dès les premières rentrées d'argent, il fera des démarches pour récupérer Lucien, qu'il présentera à sa mère mourante. Il est très affecté par la mort de sa mère et son oncle en profite pour lui subtiliser son héritage, constitué de reconaissances de dettes sur le domaine de La Franqui.

Il renoue contact avec son père et entre comme mécanicien dans un garage parisien : l'Automobilium. Il passe son permis et commence un emploi de chauffeur. C'est à ce moment qu'un ami lui propose un poste de chimiste chez MAGGI (Société Laitière Maggi). Après un stage au Laboratoire Central de la Police, il commence comme contrôleur de la qualité du lait ; il sera chargé ensuite de trouver des sites pour l'installation de nouvelles laiteries ; puis il sera responsable de la production de la crème en Normandie et finira producteur de beurre à Fécamp.

Il s'y installe avec sa famille, qui s'est agrandie avec la naissance de Marcel en 1906, et reprend contact avec la mer. Il achète un bateau qu'il motorise et part pêcher, plusieurs jours par semaine. Il quitte cet emploi en 1909, peut être à la suite d'une fraude, et s'installe à son compte à la Laiterie de Trois-Moulins.

De mauvaises affaires, dues aux inondations de 1910 et à la fièvre de Malte contractée après avoir bu du lait de chèvre, le font revendre son affaire. Il part s'installer chez son père, au château de Saint-Clément, à Corneilla de Conflent (Pyrénées Orientales), en emportant les deux enfants et en laissant Lucie. Il passera un an malade et en convalescence. Il raconte toute cette enfance dans une série de dix livres : “ L'Envers de l'Aventure ”.

Attiré par le goût de l'aventure, il s'embarque en 1911 pour Djibouti et l'Ethiopie, sur les rives de la Mer Rouge, où il mènera une vie très mouvementée, sur terre comme sur mer.
Il se mariera avec Armgart, une fille qu'il a connue chez son père, et aura trois autres enfants, qui le rejoindront.

A bord de son bâtiment, l'Altaïr, il commence à explorer les rivages de la mer Rouge où il deviendra, au gré de la fortune, pêcheur de perles, transporteur d'armes, contrebandier de tabac et de hachisch. Intelligent, cultivé, malin, mais aussi humble, il s'est intégré aux autochtones et s'est même converti à l'Islam. Cela lui a permis de vivre dangereusement dans un milieu hostile : la Corne de l'Afrique.
Lors de la première guerre mondiale, qui ruine ses entreprises, il fait de l'espionnage contre les Turcs, au service de la France.

Monfreid dans Le Matin (1930)
Première photo d'Henry, parue dans “ Le Matin ” (1930)
© B.N.F

En 1930, Joseph Kessel le rencontre à l'occasion d'un reportage sur le trafic d'esclaves en Afrique Orientale, à la limite de l'Arabie. Il s'ensuivra la publication d'une vingtaine d'articles (sous le titre de “ Marchés d'esclaves ”) dans “ Le Matin ” où, pour la première fois, Henry de Monfreid apparaît au public. Une version romancée de ce reportage sortira peu après sous le titre de “ Fortune carrée ”, où on retrouve Monfreid sous le nom de Daniel Mordhom. Sur les conseils de Joseph Kessel, Henry entreprend le récit de ses aventures. En 1931, il publie son premier roman “ Les secrets de la mer Rouge ” qui devient un succès de librairie.

Sa notoriété est telle qu'elle inspire Hergé dans une des aventures de Tintin, “ Les cigares du pharaon ” (1932) pour un personnage de capitaine de boutre, trafiquant d'armes.

Portrait ; dessin dans Tintin

Son séjour préféré, l'Ethiopie, lui est interdit en 1932 après une brouille avec le négus. Il y revient en 1936 avec l'armée italienne. Lorsqu'au cours de la seconde guerre mondiale l'Ethiopie est libérée, il est jeté en prison par les Anglais. Echappant de justesse à la condamnation à mort, il gagne alors le Kenya avec sa seconde épouse, Madeleine Villaroge.
En 1948, il revient en France et s'installe dans sa nouvelle propriété d'Ingrandes, petit village au coeur de l'Indre (voir photo de la maison). Agé de 69 ans, ce pirate des temps modernes ne manque pas de surprendre la population locale et certains se souviennent de son arrivée, coiffé d'un turban, vêtu d'un pagne, chaussé de sandales et fumant de l'opium. Il aime à revenir aussi à La Franqui où il a fait construire une maison face à la mer, surnommée la boite à sel à cause de sa forme. Il meurt chez lui, à Ingrandes (Indre), à l'âge de 95 ans après avoir écrit plus de 70 livres et nouvelles. Il est enterré au cimetière de Leucate (Aude).

Henry de Monfreid a fait plus que raconter ses propres aventures ; il a su conter et raconter, dans la grande tradition orale arabe. Un musée lui est dédié à Ingrandes, dans l'Indre (voir photo du musée).

Chronologie de sa vie (site officiel par ses descendants)

Consulter la notice du musée (pdf) : dépliant 2008 (ou tryptique à imprimer)

On parle assez peu du passage d'Henry de Monfreid à Trois-Moulins, la seule chose qu'on lit généralement c'est qu'il “ achète une ferme près de Melun ” ; ce texte est d'ailleurs de lui : ce n'est pas une ferme mais un ancien moulin ; il ne l'achète pas, mais il achète le fond de commerce ; les gens confondent souvent une expérience d'élevage de poulets antérieur de quelques années avec ce séjour d'un an, laitier, à Melun. Pourtant cette période d'un an est un moment important, une charnière, mais aussi un échec personnel sur plusieurs points, pas très glorieux : c'est sa dernière période d'entrepreneur en France, c'est un échec professionnel ; c'est pendant les inondations qu'il rencontre, à l'atelier parisien de son père, Armgart qui deviendra sa femme quelques années plus tard ; c'est à ce moment là qu'il quitte définitivement son ancienne compagne Lucie en partant avec ses deux fils (Lucien et Marcel) ; c'est là aussi qu'il contracte la “ Fièvre de Malte ”. En partant de Trois-Moulins, il rompt avec beaucoup de choses pour se retrouver avec son père, avant de démarrer sa “ Vie d'Aventure ”. Toutes ces explications sont données par Henry lui-même dans ses ouvrages.

Lucie essaiera maladroitement de récupérer ses enfants. Elle se mariera en 1911, puis divorcera en 1914. Elle partira pour Casablanca, où elle se remariera. C'est là qu'elle finira sa vie, en 1950, après être revenu en France pour voir ses petits-enfants.

Lucien, le premier fils, se noiera en 1920 lors du chavirement de son embarcation entre Djibouti et Obock.

Marcel, le second fils, deviendra concessionnaire Citroën en IndoChine (Viêt Nam). Il reviendra en France, au moment de l'occupation japonaise et reprendra une entreprise de cartonnerie, à Paris. Il décèdera en 1970.

Henri de Monfreid n'est jamais revenu à la laiterie. Il est venu à Melun dans les années 60, à l'époque où il parcourait la France pour donner des conférences.

Retour page précédente

retour Sommaire Henri de Monfreid

retour Sommaire général du site

mise à jour le